Futur(s) ? 25 février 2012
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La finance veille à ce que les seuls choix et les seules décisions possibles soient ceux de la tautologie de l’argent qui génère de l’argent, de la production pour la production. Alors que, dans les sociétés industrielles, subsistait encore un temps “ouvert” – sous la forme du progrès ou sous celle de la révolution-, aujourd’hui, l’avenir et ses possibles, écrasés sous les sommes faramineuses mobilisées par la finance et destinées à reproduire les rapports de pouvoir capitaliste, semblent bloqués ; car la dette neutralise le temps, le temps comme création de nouvelles possibilités, c’est-à-dire la matière première de tout changement politique, social ou esthétique.
Maurizio Lazzarato, La Fabrique de l’homme endetté. Essai sur la condition néolibérale, 2011
La Révolution égyptienne vue de l’intérieur 4 février 2011
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Un récit de la Révolution égyptienne de vendredi dernier à mardi (texte qui m’est parvenu mercredi), vécue de l’intérieur par un ami français qui vit sur place depuis 1 an et demi et parle égyptien. Émouvant, effrayant, éclairant.
Vendredi
Quel peuple ! Quelle leçon d’humanité et de fraternité ! De révolte avec le minimum de violence, et sans rage ! De discussions respectueuses au cours de révolte.
Sur le premier pont deux véhicules blindes brulent. Bravo ! Vous êtes incroyables d’avoir réussi ainsi à arrêter ces véhicules.
Nous poursuivons.
Ils prient dans la rue. Je les adore. Quelle humilité dans la prière, toucher le sol de sa tête. Comme le pape qui dans un nouveau pays baise le sol. Ce sont des hommes bien. Puis ils se relèvent et s’élancent au cri de Dieu est grand, il n’y a de dieu que Dieu.
Nous sommes sur le deuxième pont. Sur la corniche en face a droite une explosion. Une voiture blindée vient d’être prise. Nous avançons mais cela devient dangereux. La fin du pont est bloquée. Nous devons refluer en raison des grenades lacrymogènes. A vrai dire des centaines de personnes courent ensemble, le pont se met en oscillations. Heureusement il n’entre pas en résonnance. Un homme cherche à ouvrir une boite de foul, les fèves égyptiennes qui tiennent au corps, à tel point qu’on les nomme aussi “éternité”. Je lui ouvre sa boite avec le couteau que j’ai toujours sur moi. On discute. Belle vie. Puis sur la corniche en face a gauche, un incendie. C’est le siège du parti Ouatani qui flambe !!! Bravo !! Mon Dieu ils sont forts !
Nous progressons puis devons reculer. Plusieurs fois. Une fois une femme assise au sol se lève, et sa voix s’élève aussi. Elle harangue tout le monde, dit d’y retourner. Et elle convainc le peuple ! Superbe.
Je n’aime pas trop être sur ce pont car si l’armée parvient à l’encercler c’est fini elle peut ratisser … De temps a autre en outre des vedettes de la police passent sous le pont … peur de se faire tirer dessus. Rien.
Finalement le bout du pont est débloqué. Midan Tahrir est ouvert ! En chemin vers la place Tahrir, un peu de pillage. Un jeune ramène une télé prise dans un bâtiment officiel et commence à la casser, a la jeter au sol. Instantanément les gens autour lui l’arrêtent, lui disent de se calmer, que le cassage n’est pas bien. Quel peuple ! Nous poursuivons.
Enfin à midan Tahrir. Nous progressons même jusqu’au mogamma, symbole de l’administration stalinienne du pays !!!! Les tirs de grenades lacrymogènes sont très nombreux, tires d’à côté de la shura (le Parlement). Vraiment très forts. Nous sommes obligés de partir en courant pour trouver de l’oxygène. Il n’y en a plus. Suffocation. On a l’impression de ne plus avoir suffisamment d’oxygène pour faire même un pas de plus.
Plus loin les gens nous récupèrent a 90% aveugles et sans souffle et nous mettent des oignons sous le nez. Un autre un peu plus tard nous offre des Kleenex imbibes de vinaigre qu’on se fixe dans le nez. Ca fait vraiment du bien.
Quel peuple ! Des hommes, deux par deux, vont sur des motos (les petites 125 cm3) et repartent du feu avec un homme entre eux, groggy, blessé. Ambulances moto.
Puis nous revenons midan Tahrir, en prenant le temps de laisser notre corps s’habituer aux gaz. Des hommes vont mal, ne bougent plus au sol. Je passe ma bouteille d’eau a un groupe qui en soigne un. Puis on monte sur des infrastructures du métro et on aide d’autres à monter. On discute. C’est beau.
On discute beaucoup. Une fraternité énorme. Il regrette que la police tire alors qu’eux sont pacifiques. Ils ne veulent pas de violence. C’est un seul peuple. Magnifique exemple. Un autre véhicule blinde flambe. Deux explosions. Les réservoirs. Nous remontons la rue Talaat Harb jusqu’à midan Talaat Harb, ce lieu symbolique au centre du Caire. Tout va bien. Le peuple a la place. Nous revenons vers la place Tahrir. Ils ferment la rue Talaat Harb avec des barrières de police pour bloquer justement la police et l’armée quand elle arrivera. Des hélicoptères de l’armée survolent la place. Cela n’annonce rien de bon. Une voiture passe et se fait vite entourer et stopper. Ils ouvrent le coffre pour vérifier qu’il n’y a pas d’agent du gouvernement dedans. Heureusement, personne dans le coffre. Le chauffeur peut repartir.
Midan Tahrir le KFC a une porte un peu ouverte. Un homme de l’intérieur distribue des cannettes de pepsi etc.
Un autre passe dans la rue avec un sac et distribue à tous du pain de hamburger encore congelé. Quels hommes. Quel sens de la fraternité. Je les aime.
Midan Tahrir, nous nous rapprochons de la Chura d’ou viennent les tirs de grenades lacrymogènes. Regardons en permanence vers le ciel pour ne pas en avoir une qui tombe près de nous. Du Parlement les forces armées nourrissent un tir permanent a balles réelles. Les gens répliquent en jetant des pierres… Nous nous plaquons contre le mur et attendons. Les hommes frappent avec des bâtons sur les bannières métalliques du métro à l’extérieur. Ca fait énormément de bruit. C’est ensorcelant. Ils donnent du courage au peuple, comme le tambour ou la cornemuse dans l’armée de chez nous. Des grappes d’hommes portant des blessés passent en courant devant nous. L’un pisse le sang de la tête. Une grenade tombe à 15 mètres de nous. Tout le monde s’enfuie en courant. Nous devons traverser le nuage. C’est très puissant. Nous y passons comme des flèches mais même en deux secondes juste à la base de la grenade on en prend pour son grade. On oblique dans la rue à droite et on se met près du sol pour respirer. Surprise, dans cette rue, l’armée est a deux cents mètres. Ils ont pris position. Mon coloc et le gosse sont vraiment paniques. Nous décidons de retourner vers Dokki, c’est-à-dire traverser la place Tahrir en direction des ponts. Alors que nous ralentissons l’allure et discutons avec des gens, les tanks arrivent. Putain. Ils sont rapides. Nous partons tous les 3 en courant en se tenant par la main pour ne pas se perdre. Tout le monde part en courant en hurlant “les tanks ! les tanks !”. Le premier tank arrive. Entoure de lacrymogène rouge. Nous obliquons au début à droite sur un terrain vague. Puis reprenons la course vers le pont. Le tank s’est fait exploser ! Je ne sais pas comment ils ont fait pour exploser ce tank avec leurs mains et des cocktails molotov. Peut-être des grenades artisanales. Ils sont sensationnels.
Nous rentrons. Mon coloc et le gosse sont presque en état de choc. Le gosse à 16 ans, il est presque 10h du soir, sa famille doit être inquiète. Il est terrorisé mais brave. Fait comme si il nous protégeait. Bravo gamin ! Nous refluons. Voyons des groupes qui viennent de diner et montent au feu. Ils nous demandent la situation. On leur décrit vite fait :
”- Midan Tahrir appartient au peuple. Mais la corniche est à l’armée et ils envoient des tanks de là. Il y avait il y 15 minutes un tank au milieu de la place, il s’est fait exploser. Les autres tanks arrivent. Des tirs de grenades lacrymogènes partent de vers le Parlement. L’armée est dans la rue d’avant le Parlement, a 200 mètres. La rue Talaat Harb appartient au peuple. La place Tahrir aussi.
- Vous êtes d’où ?
- De France (mon coloc ne peut pas dire qu’il est américain, ca pourrait déraper).
- Bienvenue en Egypte ! Désolé pour les manifestations. J’espère que vous aimez notre pays.
- Vous êtes un peuple merveilleux. Ce que vous faites aujourd’hui est magnifique. Que Dieu vous protège ! Bonne chance !
- Merci infiniment. Les Français sont les meilleurs”
Quelle noblesse de presque s’excuser pour le coup d’Etat et de souhaiter que nous apprécions tout de même leur pays.
Plus tard l’armée se rallie au peuple. Il est 1h du matin et les tirs se poursuivent. Nombreux.
Samedi
J’apprends que Zahran a été hospitalise puis est rentre chez lui. Une grenade lacrymogène à côté de lui qui l’a fait tomber, inconscient.
Nous partons peu avant le couvre feu de 16h. Restons sur nos gardes. Ne savons pas ce qui va se passer après le couvre feu. Au final, rien. De nombreuses personnes vont vers le centre ville. Nous remontons gama3t al doual. De nombreux magasins ont été dévalisés, des banques éclatées. Tous les hommes sont en bas de leurs immeubles, en armes. Bâtons, longs couteaux, … plutôt impressionnant. Ils sont adorables avec nous. Ils défendent leurs maisons et leurs magasins contre les pillards. Les pillards sont des prisonniers libérés exprès par la police. Olfa dans la nuit m’expliquera que c’est ce qui s’est passe aussi en Tunisie. Tout le monde nous dit de rentrer car les pillards sont très violents. Nous rentrons donc a pied peu a peu. Les rues sont désertes. Une ville fantôme. Dorghamy me dit au téléphone que un groupe de ses amis a été tabasse. Par la police, par des pillards ? Il dit qu’il faut rester en groupe.
Nous revenons à notre quartier. Les gens de chez nous s’en foutent bien du couvre feu. Le marche aux fruits et légumes est ouvert comme a l’ordinaire, les ânes passent. Nous allons au café rejoindre les amis de Michael, Redwane, etc., jouons au tawla.
Puis pensons aller avec eux de nuit à midan Tahir. Voulons juste passer chez nous pour aller pisser. Et là… nous nous rendons compte a quel point les gens sont terrorisés par les pillards. Nous n’arrivons pas à rentrer dans notre immeuble ! C’est tout juste s’ils ne nous assomment pas en nous jetant quelque chose sur la tête. Finalement ils nous voient et nous sommes les bienvenus. On est d’ici. Alors nous nous disons que rien ne sert de sortir par une nuit pareille. Nous organisons l’appartement. Un meuble devant la porte et un autre meuble coulissant pour bloquer ou débloquer le premier. Préparons des cocktails molotov et tout ce qui traîne en verre dans l’appartement et les entreposons dans notre arsenal près des grandes fenêtres du salon. Ils n’ont qu’à venir, on va leur péter le cul ! Nous prenons chacun un grand couteau, cachons les autres couteaux et objets contondants (dont des flèches !! il y a de tout ici !) dans une caisse dans ma chambre afin que si les pillards entrent ils ne puissent pas s’en servir. Cachons des barres de métal sous les coussins du salon. Et faisons deux quarts. Michael jusqu’à 3h30 et moi ensuite. Des cris dans la nuit. Pas drôle. Hurlements de terreur. Violent. Mais ensuite ca va. Très honnêtement on a eu peur et j’ai vu le moment ou nous allions défendre notre vie a coups de couteaux. Pense à mes parents.
Dimanche
Aujourd’hui, ce sont les avions ! ca fait du bruit.
Sitôt levés petit déjeuner expédié et sac préparé (bétadine, compresses, ciseaux, collyre, couteau, kleenex imbibes de vinaigre, deux boites de foul, des pommes, une bouteille d’eau, un pull, …), c’est parti. Nous passons le barrage (deux tanks) permettant d’accéder à la place Tahrir. Les militaires sont à l’égyptienne : Michael a une paire de ciseaux et moi un couteau, ils ne les voient pas et nous pouvons passer… je suis même passé en leur montrant (vite fait c’est vrai) ma carte de retrait bancaire… sur la place c’est très pacifique. Presque bon enfant. Des gens ont dormi sur la place. Les gens parlent de tous les morts de la nuit dernière. La police a disparu.
Quel peuple, encore une fois. La police avant de partir a inondé les rues du côté du parlement afin de bloquer les manifestants. Ni une ni deux plein d’hommes, y compris des enfants d’une 12aine d’années, on enlève leurs chaussures, retrousse leur pantalon et pataugent en poussant l’eau a l’aide de balais a eau vers une bouche d’égout ouverte. Bravo les gars ! Vraiment un super peuple. Entraide. Et ils trouvent la solution.
De nombreux tanks. Nous en voyons 8 au début. En face du musée égyptien. Poursuivons pour voir quelles rues sont bloquées et où fuir en cas de problème. Puis revenons à Tahrir. Redwane. Les tanks veulent entrer sur la place pour faire appliquer le couvre feu. Les gens, avec juste leur main et la masse de la foule, se mettent devant et leur disent “va t’en !”. Et ils bloquent les tanks !!! Le premier tank oblique dans la rue de ma banque, hsbc, en direction de midan Talaat Harb, afin d’arriver a midan Tahrir par la rue Talaat Harb. Il n’est pas suivi par les autres tanks. Le conducteur du tank est courageux car il part seul. La foule est courageuse car elle bloque sans rien des tanks en armes…
Les militaires font copain copain avec la foule. Mais je suppose que s’ils étaient vraiment avec le peuple ils menaceraient le parlement, le ministère de l’intérieur et le palais présidentiel. Olfa dans la nuit m’expliquera que s’ils font cela devient un coup d’Etat militaire. L’ONU pourrait alors intervenir.
Le couvre feu arrive donc. Une femme égyptienne ayant la nationalité française et parlant français nous dit que son fils vient de l’appeler de France et qu’on a dit aux infos en France que l’ordre avait été donne de tirer pendant le couvre feu. Putain. On recule et on regarde. On cherche ou se mettre pour ne pas se faire prendre par des rafales. Mais rien ne se passe. Les militaires ne tirent pas. Alors deux avions de chasse passent, pendant 20 minutes, en faisant beaucoup de bruit. Ils veulent effrayer la foule. Ca ne marche pas. J’adore ces égyptiens. Certains sont assis, parfois avec une tasse de the, et regardent les avions passer. Narguage silencieux. Force tranquille.
Nous partons toutefois sur les ponts en nous demandant où aller pour ne pas se faire tirer dessus tout en observant ce qui se passe. L’envie est très très forte de participer, de retourner midan Tahrir mais cela peut dégénérer. Nous sommes sur le pont. Des militaires courent vers une voiture avec des policiers tenant de grosses armes. Les policiers fuient. Vision impressionnante.
Arrive un nouvel hélicoptère. Il tourne autour de chars, au dessus du pont, au dessus de Tahrir. Un homme a la mitraillette. Rien. On se demande s’ils pourraient faire sauter le pont pour bloquer les manifestants dans le centre ville. Rien.
On rentre peu à peu, on discute.
La tranquillité. Ne me perturbez pas ! Deux hommes dans une voiture réparent tranquillement leur vitre qui ne veut plus descendre. Avec des outils. Alors que l’hélicoptère tourne au dessus de nous et que les militaires sont à 50 mètres… Ils sont sensationnels. Ils réparent tranquillement une fenêtre alors que c’est la guerre…
Florence et Anne sophie viennent dormir à la maison.
Nina demande si elle et Chantal peuvent venir aussi, au cas où. Finalement elles resteront chez elles.
La nuit est plus ou moins calme. Pas simple de dormir. Les tanks évoluent. Des coups de feu. Oreille alerte à tout froissement de branches d’arbres… Rien.
Lundi
Couvre feu annonce pour 15h. Annonce d’un durcissement pour faire respecter le couvre feu. La police est à nouveau dans les rues. Enculés.
Nouvelle journée nouveaux appels pour savoir comment était la nuit des potes.
Dorghamy: “à Heliopolis, les prisonniers ont jeté des cocktails molotov sur nos immeubles. Un de mes voisins a été tué par balle. Un de mes amis a perdu un œil. Prends soin de toi.“
Vincent et Anne: “nous sommes en Suisse. La nuit à Maadi a été affreuse. Des coups de feu toute la nuit, des cris épouvantables… le père d’Anne a réservé un billet depuis la France et nous sommes allés a l’aéroport.”
Sherine: “demain c’est la manifestation d’un million de personnes les gens de Suez vont passer par chez nous a Rehab nous allons nous réfugier au dernier étage. Des jeunes montent la garde la nuit.”
Randa : “Ca va”
Ali : “Les frères musulmans ont des armes de guerre. Du matériel de précision. Quand ils descendent dans la rue, tout le monde rentre chez soi, même la police. Ils ne sont pas violents, mais s’ils ont décidé de tirer, ils tuent. Sans aucune hésitation. Ils ne sont pas contre les étrangers. Je peux vous avoir des armes, de Mansoura.”
Deux françaises rencontrées avant Tahrir qui bossent au CFCC : “l’ambassade dit qu’il n’y a pas de danger et qu’il n’y a pas de plan de rapatriement prévu.”
Lorena : “demain à midi manifestation de soutien des étrangers en face du Semiramis sur le pont. A 10 h du matin manif d’un million de personnes de toute l’Egypte. Je suis fatiguée. Je n’ai pas envie d’y aller ce soir.”
Husein : “Ca va”
Hamza : “Je vais à Tahrir. [je croyais que tu n’aimais pas les manifestations ?] Ah oui mais la c’est une révolution !”
Nous allons vers la place Tahrir vers 13h30, avec Florence et Anne-Sophie. Elles ne veulent pas passer le barrage (2 tanks) juste avant la place et désirent rentrer a la maison avant le couvre feu. Nous sommes fatigués. Cela me parait bien. Nous retournons a Dokki, faisons quelques courses dans un supermarché. Pas de pain. Rupture presque partout a part dans le centre. Nous prenons des biscuits à la place.
Retour la maison. Je prépare le déjeuner pour Michael et moi ainsi que pour Ali qui vient d’arriver. Poulet riz tomates concombres banane, et hop au dodo. 1h30 de sommeil ca fait vraiment du bien. J’en ai marre. Pourquoi ce con de Mubarak ne part-il pas ? Il n’a plus aucune crédibilité. Les américains sans doute cherchent qui serait à même de laisser Israel en paix.
Les filles reviennent et préparent le diner. Crêpes. Pendant ce temps les amis de Michael sont dans le salon, ils regardent un film américain. Je suis las. Les hommes sont chiants. La guerre…
Ca va être monstre demain. Je suppose que ce soir ou demain Mubarak va devoir partir.
Mardi
Suis à place Tahrir de 15h a 20h. J’adore les couvre feu a l’égyptienne, avec tout le monde dans la rue. Très pacifique. Presque bon enfant. Plein de potes là ainsi que mes collègues. Le soir, discours de Mubarak. Il reste. Où allons-nous ? Vers une guerre civile ?
L’état va sans doute liquider la place cette nuit ; tuer ou blesser ceux qui restent. Par des pro Mubarak boostés par des mercenaires.
L’Information Prospérera-t-elle ? 7 février 2010
Posted by Eric in Futur?, Non, rien.add a comment
Millenia ago, the real old-style humans had a crude information ecology they called the Internet. Eventually they decided to tame the Internet and created a thing called Oxygen -not the gas, but artificial intelligences floating in and over and above the Internet, directing it, connecting it, tagging it, leading humans through it when they went hunting for people or information. [...]
Eventually, Oxygen evolved into the noosphere, a logosphere, a planet-wide datasphere. But that wasn’t enough for the post-humans. They connected this super-Internet noosphere with the biosphere, the living components of the Earth. Every plant and animal and erg of energy on the planet, which -when connected to the noosphere- created a complete and total information ecology touching everything on, above, and within the Earth, a sort of sentient omnisphere that lacked only self-awareness -not just designing an overriding artificial intelligence, but allowing it to evolve its own persona. This super-noosphere called itself Prospero.Dan Simmons, Ilium
Die Verwandlung ? 13 janvier 2010
Posted by Eric in Futur?, Philosovie.add a comment
Un mot et surtout un lien vers un merveilleux article paru dans le Monde daté de dimanche et lundi, intitulé “Eloge de la métamorphose” et que l’on doit à Edgar Morin. Il y traite du grand changement que le monde et les hommes doivent opérer dans les années et décennies qui viennent pour se sauvegarder, évoque une nécessaire métamorphose et donne cinq “principes d’espérance”.
Une méta-analyse, globale et précise, nuancée et acérée. Un regard érudit, fascinant.
Juste une courte citation, qui me donne envie de le lire à nouveau :
Aujourd’hui, tout est à repenser. Tout est à recommencer.
Tout en fait a recommencé, mais sans qu’on le sache. Nous en sommes au stade de commencements, modestes, invisibles, marginaux, dispersés. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie.
Ces initiatives ne se connaissent pas les unes les autres, nulle administration ne les dénombre, nul parti n’en prend connaissance. Mais elles sont le vivier du futur.
Une courte citation qui me fait penser au récent hors-série “Changer de modèle face à la crise – La vie meilleure mode d’emploi” de Courrier International. Une courte citation qui resterait peut-être creuse, s’il n’y avait pas la mise en regard historique qui la précède, puis l’explication des grandes orientations qu’il faut donner à la trajectoire de notre monde, et des raisons d’espérer.
A relire, pour s’en imprégner.
Pourquoi s’en imprégner ?
Il s’agit, pour les initiatives, les alternatives dont il est question, d’être testées, de faire leurs preuves, de convaincre ou d’être écartées. Il s’agit pour les simples citoyens autant que pour les décideurs d’exercer un regard critique, de s’ouvrir à l’innovation, d’être audacieux, de questionner, d’aller au-delà des fausses vérités médiatiques. Cela nécessitera des analyses objectives qui permettront l’évaluation ; et la force, le charisme qui donnent les impulsions, qui brisent les barrières des préjugés ; enfin, le courage de la remise en question.
Tout cela demande d’y croire ; et pour y croire, quoi de mieux qu’un beau message d’espoir ?
Bon ben je vais lire ça alors maintenant, coïncidence d’étagère…
Libertés individuelles & Projets collectifs 7 janvier 2010
Posted by Eric in Futur?, Philosovie, Politique.1 comment so far
Un article que je trouve très intéressant, paru dans le Monde de mardi. Le titre attire l’oeil, “Le bonus des traders est un mauvais débat” ; le sous-titre, lui, apaise le léger agacement qui s’est installé pendant le temps passé à bien plier les pages du journal tout en pensant à la harangue partisane que l’on s’imagine subir dès que le papier aura fini de crier. “Il est temps pour les patrons de passer de la logique des bénéfices à celle du bien public”. Il endort l’irritation pour réveiller la curiosité.
Je copie une phrase de cet article de Klaus Schwab, le fondateur et président du Forum économique mondial de Davos :
La pensée des droits individuels, qui relègue la communauté à un rang subordonné, a supplanté l’ancien monde dirigé par la conscience du devoir collectif à l’égard de la société.
Qu’en penser ?
Je crois que je partage cette vision. Le paradigme des libertés individuels, poussées toujours plus loin, l’emporte ici et là sur les projets de société. Je me rappelle un mot de J. Attali à ce sujet au début de sa Brève histoire de l’avenir, mais je n’ai pas le livre sous la main.
L’exemple du travail du dimanche, peut-être, illustrerait bien cette idée. Ou alors, c’est anecdotique, caricatural, mais je préfère écrire l’exemple suivant, il m’a marqué en cela qu’il est aussi anodin que révélateur. J’entendais il y a quelques temps pester contre le principe de la pièce de 2euros qu’il faut laisser à l’ouvreuse quand on se rend au spectacle, au motif qu’on n’a pas besoin d’elle, qu’il est interdit en France de rémunérer au pourboire, que ça n’a pas de sens économiquement… Et si l’on gomme toutes les choses qui n’ont pas de sens économiquement, toutes les aspérités historiques, traditionnelles, qui caractérisent une société, un milieu, une région, que restera-t-il d’intéressant ? Faut-il frotter au papier de verre les spécificités de nos organisations, pour glisser sans retenue sur une vie aussi lisse que nos cartes de clients premium ?
Bien sûr, il est des principes et des politiques qu’il faut remettre en question ; il ne s’agit pas ici de crier halte au changement, bien au contraire. Il s’agit plutôt de se demander si chacun, en bâtissant son opinion sur les questions de société, ne devrait pas essayer de prendre en compte parmi les stakeholders -pour reprendre la terminologie de K. Schwab- la société en tant qu’entité collective ?
Chute du mur 9 décembre 2009
Posted by Eric in Futur?, Philosovie.2 comments
Je viens de lire le billet intitulé Récession, freelance & réseaux sociaux sur Transnets, et il a déclenché dans mon esprit une cascade de petites réflexions (je rajoute l’adjectif “petites” pour pouvoir conserver “cascade” qui passe quand même bien mieux que “ruisseau”).
Tout d’abord ça m’a fait penser à quelque chose qui m’est passé sous les yeux il n’y a pas longtemps : l’expression “pro-ams”. Je l’ai vue pour la première fois dans un billet de Fred Cavazza, et la formulation m’a marqué par son caractère intuitif et très évocateur. On trouve quelques éléments sur Wikipedia. La notion telle qu’intuitée à partir du mot me suffit pour l’instant, je n’en creuse pas la définition. Et d’ailleurs je vais même, pour simplifier, regrouper les freelance, les pro-ams, les indépendants sous la même bannière (mais pas les autonomes, Francis Pisani utilise le terme dans son billet, je le réserve pour une prochaine réflexion sur un mode de vie bien plus alternatif). Il serait sans doute intéressant, cependant, de caractériser qui, quels types et quelles formes d’activités peuvent désigner précisément ces termes.
Je m’étais alors interrogé sur l’origine de cette émergence des pro-ams / indépendants / freelances par et sur le web, car j’avais, et j’ai toujours, le sentiment d’une certaine tendance de fond. Dans son billet sur Transnets, Francis Pisani évoque trois facteurs possibles et complémentaires :
- c’est une solution de rebond pour ceux qui ont perdu leur emploi en ces temps de crise,
- c’est également l’expression d’un “basculement social de fond”, car la notion de confiance envers l’employeur qui fournit une sécurité s’érode,
- c’est aussi pour certains une façon de vivre et de gagner sa vie plus naturelle ou plus naturellement recherchée que d’autres, le salariat par exemple.
La technologie (internet en général, les réseaux sociaux plus récemment) catalyserait alors ces trois courants ; les possibilités qu’elle offre, entre autres pour lier des communautés, en serait une cause importante.
Je n’ai pas la même intuition. Ou, pour être plus exact, mon intuition diffère un peu de ce que j’interprète dans le billet en question (je précise, car je ne suis pas certain de ma lecture).
Pour moi, le troisième courant prime sur les deux précédents. En volume, en réussite, en intensité dans la démarche.
En fait, je dis des bêtises. Les trois sont intimement liés.
En premier lieu je rejoins le “basculement social de fond”, et pousse un peu plus loin : en plus de la crise de confiance, ajoutons la crise du sens (“en fait, ce que je fais, ça sert à quoi ? hmm, et j’en pense quoi ?”), les deux s’auto-alimentant probablement. La perte d’emploi en est une conséquence pour certains, dont une part cherche à rebondir en se mettant à leur compte, en freelance. Enfin, pour d’autres cela alimente le sentiment d’appel vers un statut d’indépendant.
Là où mon intuition diffère de ce que je comprends dans le billet de Francis, c’est sur la répartition entre les deux. Dans les commentaires vincent oppose les “indépendants de coeur” aux “indépendants de contrainte” : je perçois dans le billet que les premiers ne sont pas les plus nombreux, or j’ai le sentiment que c’est le contraire, et de beaucoup. En volume, en réussite, en intensité dans la démarche.
Peut-être cela fait-il un premier angle d’attaque pour travailler la distinction entre pro-ams et indépendants ou freelance.
Je reviens à un autre point, celui de la technologie comme accélérateur de la tendance. Je n’avais pas vu l’aspect communauté, si important, comme c’est doublement souligné dans le billet par un renvoi vers Gina Trappani, pour les indépendants. J’avais pensé à quelque chose d’autre, qui vient en complément.
Quand je m’imagine, seul ou en discutant avec des amis, lancer une activité, je me heurte rapidement à des “ah oui mais il faudrait savoir ça”, “il faudrait connaître quelqu’un qui sait faire ça”. Dans beaucoup de cas en effet les connaissances et les savoir-faires sont éparpillées de par le monde. Qu’écris-je, “étaient” éparpillées de par le monde ! Ce qui nécessitait, pour les réunir, les touiller, et en faire émerger une construction, une innovation, de la valeur, des moyens importants.
Désormais, internet et les réseaux sociaux permettent de mettre bout à bout de petits morceaux de savoir et de trouver des compétences avec bien moins de moyens au départ. Et par là-même diminuent l’extraordinaire niveau de volonté nécessaire pour se lancer : les obstacles sont moindres. On pourrait d’ailleurs aller plus loin que les savoirs et les savoir-faires : certaines fonctions indispensables à l’activité professionnelle sont devenues bien plus accessibles, je pense à la communication ou aux achats par exemple.
Il faudrait décortiquer cela. Mais je vais tout de même m’arrêter là : c’est un premier pas, une première brique. J’espère m’en resservir et l’affiner. Peut-être après avoir lu ce papier, The Porous Enterprise, de Georges Nahon et Mark Plakias.
Téléportation 2 novembre 2009
Posted by Eric in Futur?.add a comment
Une idée que j’ai retenue d’une conférence de Luis Alberola sur l’impact dans et sur l’entreprise de l’évolution des réseaux sociaux numériques :
- ils offrent de nouvelles façons de formaliser le savoir (exemples : slideshare, TED, seesmic, les blogs, google docs)
- ils sont de nouveaux outils de communication, synchrone et asynchrone (exemples : twitter, socialtext, wave, raindrop)
- ils permettent de créer et de se forger une ‘identité numérique, notamment professionnelle (exemples : LinkedIn, Viadeo, Xing)
- la conjonction des trois fait apparaître une nouvelle forme d’entreprise, ou plus précisément de nouvelles formes de ce que pourraient être les “ressources humaines”
A méditer, peut-être.
Too Swot, ou apprendre à abandonner 19 octobre 2009
Posted by Eric in Futur?.add a comment
Je compare, je soupèse, j’évalue, j’invente des critères, et je m’y perds.
Je suis le premier, souvent, à mettre en avant la prime à l’initiative, l’importance de se créer des opportunités, la capacité à trouver des soutiens pour rebondir. En parler, je sais le faire. M’y projeter, j’y arrive. Mais l’appliquer concrètement, me jeter à l’eau, hmmm, c’est difficile. Je cite aux autres les bouées de secours, les fantastiques possibilités offertes par la combinaison masque et tuba, l’adaptabilité du corps humain aux conditions les plus extrêmes. Je me les cite aussi, puis je me dédis : abandonner une possibilité intéressante, fût-ce au profit d’une autre qui l’est encore plus ? un crève-coeur.
Oui mais voilà, il faut bien se résoudre, un jour, à envisager son futur autrement que comme une coexistence de vies possibles ayant plus ou moins de chances de se réaliser. Une conception quantique de l’avenir, soit. En conservant une myriade de possibilités toutes plus improbables les unes que les autres : grande erreur. “Stay 80/20″. Not that easy.
Que d’oppositions cependant. Est-ce une question de perception ?
Fixer un cap, une destination, et construire une trajectoire qui y mène. Vivre l’instant, les instants, profiter des opportunités qui se créent, et découvrir où mènera le sentier ainsi défriché . Et les risques associés. C’est peut-être ça. Selon les jours, j’analyse mes futurs possibles selon les opportunités, ou selon les risques. Mon courage tangue. Un renversement incessant qui fait tourner la tête.
Ecrire une réflexion, pour ne pas en refaire le cheminement. Dès maintenant.
De derrière les fagots 23 septembre 2009
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