Esprit, es-tu là ? 25 janvier 2012
Posted by Eric in Non, rien, Philosovie, Politique.trackback
Bien sûr le niveau moyen d’éducation n’est pas fabuleux, bien sûr les médias grands publics sont ridicules de simplification et d’amalgames, et cela nuit à la démocratie, au sens de la voix de l’intérêt général devant l’intérêt particulier, du respect des minorités face aux forces dominatrices, de l’égalité face au repli sur ses privilèges. Bien sûr, quand on a la chance d’avoir étudié, d’avoir reçu ou d’être allé chercher un peu de culture, d’être profondément attaché à l’égalité, on voudrait remettre à plat des pans entiers du système, tordre certaines mécaniques, faire taire les voix de la discorde.
Mais la démocratie c’est aussi accepter que l’avis de chacun, qu’il soit égoïste, élitiste, xénophobe, perdu face aux contrevérités, que cet avis de chacun soit respecté. C’est dur de se dire qu’autant de nos compatriotes cèdent, les uns aux sirènes du repli sur soi face aux besoins des autres (ou face aux autres dans le besoin), les autres à la défense de leurs situations face aux cris des inégalités. Mais c’est aussi la démocratie.
Et tant qu’on a les libertés fondamentales, car il s’agit de ça, et ça n’est pas rien. On les a, réellement, pour toujours on y prendra garde. Tant qu’on a les libertés fondamentales, il faut les utiliser : il faut s’engager, faire entendre sa voix, écrire, se regrouper, dire les valeurs que l’on veut.
C’est là qu’on s’aperçoit que ça n’est pas facile, de faire entendre raison. Et quand on a raison sur les principes, on se heurte aux réalités, à la contrainte du système existant qu’il faut changer, à la contrainte budgétaire, à la contrainte des situations confortables qu’il faudra déstabiliser. Aux compromis que l’on aura tissés avec ses partenaires, dont on doit respecter l’avis légèrement différent sur certains points.
Parfois les changements doivent être d’ampleur, brusques, brutaux. Mais c’est extrêmement rare, et ça ne peut se produire que dans une situation devenue insupportable pour la grande majorité d’un peuple. En d’autres circonstances, ils doivent être progressifs, pas à pas, inlassablement : le temps de l’organisation d’une société n’est pas celui d’un boulot, c’est celui d’une vie. L’opinion se convainc sur plusieurs années, les circonstances propices à une bonne loi se présentent une fois ou deux par législature.
Des gens engagés, profondément bons, experts en leurs domaines, il y en a plein. La plupart du temps, ils ne font pas particulièrement de bruit. Au contraire des quelques scandales odieux qui font les unes, qui se comptent sur les doigts des mains. Abreuvons-nous de publications de qualité (Telos, Esprit). Alors de l’espoir, il faut en avoir ! De l’espoir irréfragable ! Croire en l’esprit des lumières ! Au lent progrès des libertés, vers le respect des hommes, vers la paix, progrès sur sa lancée depuis des siècles !
Parfois aussi, l’envie de me poser en marge de nos organisations sociales me prend. Je crois que la Zone du dehors, si incroyable, si renversant, a contribué à radicaliser mes idées profondes. Mais je crois que les transformations les plus sûres se font petit à petit, à force de conviction, de rapprochement des hommes face à leurs problématiques communes. C’est la méthode que les Mémoires de Jean Monnet ont gravé à jamais dans mon esprit.
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