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Esprit, es-tu là ? 25 janvier 2012

Posted by Eric in Non, rien, Philosovie, Politique.
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Bien sûr le niveau moyen d’éducation n’est pas fabuleux, bien sûr les médias grands publics sont ridicules de simplification et d’amalgames, et cela nuit à la démocratie, au sens de la voix de l’intérêt général devant l’intérêt particulier, du respect des minorités face aux forces dominatrices, de l’égalité face au repli sur ses privilèges. Bien sûr, quand on a la chance d’avoir étudié, d’avoir reçu ou d’être allé chercher un peu de culture, d’être profondément attaché à l’égalité, on voudrait remettre à plat des pans entiers du système, tordre certaines mécaniques, faire taire les voix de la discorde.

Mais la démocratie c’est aussi accepter que l’avis de chacun, qu’il soit égoïste, élitiste, xénophobe, perdu face aux contrevérités, que cet avis de chacun soit respecté. C’est dur de se dire qu’autant de nos compatriotes cèdent, les uns aux sirènes du repli sur soi face aux besoins des autres (ou face aux autres dans le besoin), les autres à la défense de leurs situations face aux cris des inégalités. Mais c’est aussi la démocratie.

Et tant qu’on a les libertés fondamentales, car il s’agit de ça, et ça n’est pas rien. On les a, réellement, pour toujours on y prendra garde. Tant qu’on a les libertés fondamentales, il faut les utiliser : il faut s’engager, faire entendre sa voix, écrire, se regrouper, dire les valeurs que l’on veut.
C’est là qu’on s’aperçoit que ça n’est pas facile, de faire entendre raison. Et quand on a raison sur les principes, on se heurte aux réalités, à la contrainte du système existant qu’il faut changer, à la contrainte budgétaire, à la contrainte des situations confortables qu’il faudra déstabiliser. Aux compromis que l’on aura tissés avec ses partenaires, dont on doit respecter l’avis légèrement différent sur certains points.

Parfois les changements doivent être d’ampleur, brusques, brutaux. Mais c’est extrêmement rare, et ça ne peut se produire que dans une situation devenue insupportable pour la grande majorité d’un peuple (Russie ?). En d’autres circonstances, ils doivent être progressifs, pas à pas, inlassablement : le temps de l’organisation d’une société n’est pas celui d’un boulot, c’est celui d’une vie. L’opinion se convainc sur plusieurs années, les circonstances propices à une bonne loi se présentent une fois ou deux par législature.

Des gens engagés, profondément bons, experts en leurs domaines, il y en a plein. La plupart du temps, ils ne font pas particulièrement de bruit. Au contraire des quelques scandales odieux qui font les unes, qui se comptent sur les doigts des mains. Abreuvons-nous de publications de qualité (Telos, Esprit, par exemple). Alors de l’espoir, il faut en avoir ! De l’espoir irréfragable ! Croire en l’esprit des lumières ! Au lent progrès des libertés, vers le respect des hommes, vers la paix, progrès sur sa lancée depuis des siècles !

Parfois aussi, l’envie de me poser en marge de nos organisations sociales me prend. Je crois que la Zone du dehors, si incroyable, si renversant, a contribué à radicaliser mes idées profondes. Mais je crois que les transformations les plus sûres se font petit à petit, à force de conviction, de rapprochement des hommes face à leurs problématiques communes. C’est la méthode que les Mémoires de Jean Monnet ont gravé à jamais dans mon esprit.

Le petit prince roule sa bosse 3 janvier 2012

Posted by Eric in Non, rien.
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La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir les hommes : il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines.

En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre.

Si je cherche dans mes souvenirs ceux qui m’ont laissé un goût durable, si je fais le bilan des heures qui ont compté, à coup sûr je retrouve celles que nulle fortune ne m’eût procurées. On n’achète pas l’amitié d’un Mermoz, d’un compagnon que les épreuves vécues ensemble ont lié à nous pour toujours.

 

Pour comprendre l’homme et ses besoins, pour le connaître dans ce qu’il a d’essentiel, il ne faut pas opposer l’une à l’autre l’évidence de vos vérités. Oui, vous avez raison. Vous avez tous raison. La logique démontre tout. Il a raison celui-là même qui rejette les malheurs du monde sur les bossus. Si nous déclarons la guerre aux bossus, nous apprendrons vite à nous exalter. Nous vengerons les crimes des bossus. Et certes les bossus commettent aussi des crimes.

Il faut, pour essayer de dégager cet essentiel, oublier un instant les divisions, qui, une fois admises, entraînent tout un Coran de vérités inébranlables et le fanatisme qui en découle. On peut ranger les hommes en hommes de droite et en hommes de gauche, en bossus et en non bossus, en fascistes et en démocrates, et ces distinctions sont inattaquables. Mais la vérité, vous le savez, c’est ce qui simplifie le monde et non ce qui crée le chaos. La vérité, c’est le langage qui dégage l’universel. Newton n’a point découvert une loi longtemps dissimulée à la façon d’une solution de rébus, Newton a effectué une opération créatrice. Il a fondé un langage d’homme qui pût exprimer à la fois la chute de la pomme dans un pré ou l’ascension du soleil. La vérité, ce n’est point ce qui se démontre, c’est ce qui simplifie.

A quoi bon discuter les idéologies ? Si toutes se démontrent, toutes aussi s’opposent, et de telles discussions font désespérer du salut de l’homme. Alors que l’homme, partout, autour de nous,  expose les mêmes besoins.

Nous voulons être délivrés. Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup de pioche. Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur. Le bagne ne réside point là où les coups de pioche sont donnés. Il n’est pas d’horreur matérielle. Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n’ont point de sens, qui ne relient pas celui qui les donnent à la communauté des hommes.

Et nous voulons nous évader du bagne.

 

Terre des hommes, Antoine de Saint-Exupéry, 1939.

 

A te regarder ils s’habitueront 11 août 2011

Posted by Eric in Non, rien, Philosovie.
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Le destin attend toujours au coin de la rue. Comme un voyou, une pute ou un vendeur de loterie : ses trois incarnations favorites. Mais il ne vient pas vous démarcher à domicile. Il faut aller à sa rencontre.

L’ombre du vent, Carlos Luis Zafón

Le goût de l’absolu 19 juillet 2011

Posted by Eric in Non, rien, Philosovie.
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Il y a une passion si dévorante qu’elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. tous ceux qui s’en sont pris à elle s’y sont pris. On ne peut l’essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c’est le goût de l’absolu. On dira que c’est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s’en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnaît mieux quand elle atteint les cœurs élevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s’installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l’absence de résignation. Si l’on veut, qu’on s’en félicite, pour ce qu’elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c’est ne voir que l’exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu’elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel.

Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée? Cette machine critique des sentiments, cette vis a tergo du doute, attaque tout ce qui rend l’existence tolérable, tout ce qui fait le climat du cœur. Il faudrait donner des exemples pour être compris, et les choisir justement dans les formes basses, vulgaires de cette passion pour que par analogie on pût s’élever à la connaissance des malheurs héroïques qu’elle produit.

[...] Si divers que soient les déguisement du mal, il peut se dépister à un symptôme commun à toutes les formes, fût-ce aux plus alternantes. Ce symptôme est une incapacité totale pour le sujet d’être heureux. Celui qui a le goût de l’absolu peut le savoir ou l’ignorer, être porté par lui à la tête des peuples, au front des armées, ou en être paralysée dans la vie ordinaire, et réduit à un négativisme de quartier; celui qui a le goût de l’absolu peut être un innocent, un fou, un ambitieux ou un pédant, mais il ne peut pas être heureux. De ce qui ferait son bonheur, il exige toujours davantage. Il détruit par une rage tournée sur elle-même ce qui serait son contentement. Il est dépourvu de la plus légère aptitude au bonheur. J’ajouterai qu’il se complaît dans ce qui le consume. Qu’il confond sa disgrâce avec je ne sais quelle idée de la dignité, de la grandeur, de la morale, suivant le tour de son esprit, son éducation, les mœurs de son milieu. Que le goût de l’absolu en un mot ne va pas sans le vertige de l’absolu. Qu’il s’accompagne d’une certaine exaltation, à quoi on le reconnaîtra d’abord, et qui s’exerçant toujours au point vif, au centre de la destruction, risque de faire prendre à des yeux non prévenus le goût de l’absolu pour le goût du malheur. C’est qu’ils coïncident, mais le goût du malheur n’est ici qu’une conséquence. Il n’est que le goût d’un certain malheur. Tandis que l’absolu, même dans les petites choses, garde son caractère d’absolu.

Aurélien, Aragon.

Illustre Ludwig 18 juillet 2011

Posted by Eric in Développement, Philosovie, Politique.
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Quand Rajchman mourut en 1965 dans un petit village de la Sarthe où il repose, l’œuvre de la raison et du cœur qu’il avait réalisée lui survécut parce qu’il avait su lui donner la durée. Rajchman croyait en la générosité des hommes, mais il avait pris soin de fonder des institutions.

Mémoires, Jean Monnet

Rien ne sert de cuire, il faut préparer à point 13 juin 2011

Posted by Eric in Non, rien, Philosovie, Wouah!.
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Y a pas à dire, dans le temps on savait s’y prendre.

Lièvre étoffé à la périgourdine (froid). – Désosser un lièvre par le dos, avant de le vider, de façon à laisser intacte la peau du ventre. Retirer l’intérieur de la bête et en détacher les cuisses et les épaules.

Réserver le foie, le cœur et les rognons, ainsi que le sang (conserver ce dernier dans un bol après lui avoir ajouté une cuillerée de vinaigre, afin de l’empêcher de figer).

Avec la chair des cuisses et des épaules (que l’on aura désossées), de la viande maigre de veau et de porc frais et du lard gras frais, préparer une farce ainsi qu’il est dit à la Farce de gibier (V. Farces). Ajouter à cette farce le quart de son poids d’une farce à gratin que l’on aura préparée avec le foie du lièvre, les rognons et le cœur, et une quantité égale de foie gras cru. Lier cette farce de 2 œufs; la bien assaisonner et condimenter, et lui ajouter 2 cuillerées de cognac.

Tapisser avec une couche de cette farce le lièvre désossé, que l’on aura assaisonné de sel épicé et arrosé de cognac.

Sur le milieu de cette farce, disposer, en les alternant, des aiguillettes minces de maigre de veau, que l’on aura fait raidir au beurre, des aiguillettes de foie gras assaisonnées de sel épicé et arrosées de cognac, des lardons gras et des morceaux de truffes. Recouvrir ces garnitures d’une couche de farce, et continuer ainsi de garnir le lièvre, en superposant les couches de garnitures et de farce.

Reformer le lièvre. Le recoudre. L’envelopper dans un linge fin; le ficeler en forme de ballottine. Mettre le lièvre à cuire dans un fonds de gelée de gibier au madère, que l’on aura préparé d’autre part, avec les os et parures du lièvre, du jarret de veau détaillé en rouelles, des couennes fraîches, et un pied de veau désossé et blanchi. Cuire pendant une heure un quart environ à très petite ébullition.

Le lièvre étant cuit, l’égoutter, le déballer. Le remettre dans le linge retiré, en le serrant. Faire refroidir sous presse. Le lendemain, déballer le lièvre. Le lustrer à la gelée. Le dresser sur plat long à même le plat ou placé sur un croûton. Le décorer avec des détails en gelée et garnir le tour du plat avec des croûtons de gelée.

Larousse gastronomique, 1938.

 

Savoir, savoir-faire, savoir-être 18 avril 2011

Posted by Eric in Non, rien, Philosovie.
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Aimer, c’est bien, savoir aimer, c’est tout.

Chateaubriand

Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner 10 mars 2011

Posted by Eric in Non, rien.
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Il y a toute sorte de gris. Il y a le gris plein de rose qui est un reflet des deux Trianons. Il y a le gris bleu qui est un regret du ciel. Le gris beige couleur de la terre après la herse. Le gris du noir au blanc dont se patinent les marbres. Mais il y a un gris sale, un gris terrible, un gris jaune tirant sur le vert, un gris pareil à la poix, un enduit sans transparence, étouffant, même s’il est clair, un gris destin, un gris sans pardon, le gris qui fait le ciel terre à terre, ce gris qui est la palissade de l’hiver, la boue des nuages avant la neige, ce gris à douter des beaux jours, jamais et nulle part si désespérant qu’à Paris au-dessus de ce paysage de luxe, qu’il aplatit à ses pieds, petit, petit, lui le mur vaste et vide d’un firmament implacable, un dimanche matin de décembre au-dessus de l’avenue du Bois…

Aurélien, Aragon

 

La Révolution égyptienne vue de l’intérieur 4 février 2011

Posted by Eric in Développement, Futur?.
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Un récit de la Révolution égyptienne de vendredi dernier à mardi (texte qui m’est parvenu mercredi), vécue de l’intérieur par un ami français qui vit sur place depuis 1 an et demi et parle égyptien. Émouvant, effrayant, éclairant.

Vendredi

Quel peuple ! Quelle leçon d’humanité et de fraternité ! De révolte avec le minimum de violence, et sans rage ! De discussions respectueuses au cours de révolte.

Sur le premier pont deux véhicules blindes brulent. Bravo ! Vous êtes incroyables d’avoir réussi ainsi à arrêter ces véhicules.

Nous poursuivons.

Ils prient dans la rue. Je les adore. Quelle humilité dans la prière, toucher le sol de sa tête. Comme le pape qui dans un nouveau pays baise le sol. Ce sont des hommes bien. Puis ils se relèvent et s’élancent au cri de Dieu est grand, il n’y a de dieu que Dieu.

Nous sommes sur le deuxième pont. Sur la corniche en face a droite une explosion. Une voiture blindée vient d’être prise. Nous avançons mais cela devient dangereux. La fin du pont est bloquée. Nous devons refluer en raison des grenades lacrymogènes. A vrai dire des centaines de personnes courent ensemble, le pont se met en oscillations. Heureusement il n’entre pas en résonnance. Un homme cherche à ouvrir une boite de foul, les fèves égyptiennes qui tiennent au corps, à tel point qu’on les nomme aussi “éternité”. Je lui ouvre sa boite avec le couteau que j’ai toujours sur moi. On discute. Belle vie. Puis sur la corniche en face a gauche, un incendie. C’est le siège du parti Ouatani qui flambe !!! Bravo !! Mon Dieu ils sont forts !

Nous progressons puis devons reculer. Plusieurs fois. Une fois une femme assise au sol se lève, et sa voix s’élève aussi. Elle harangue tout le monde, dit d’y retourner. Et elle convainc le peuple ! Superbe.

Je n’aime pas trop être sur ce pont car si l’armée parvient à l’encercler c’est fini elle peut ratisser … De temps a autre en outre des vedettes de la police passent sous le pont … peur de se faire tirer dessus. Rien.

Finalement le bout du pont est débloqué. Midan Tahrir est ouvert ! En chemin vers la place Tahrir, un peu de pillage. Un jeune ramène une télé prise dans un bâtiment officiel et commence à la casser, a la jeter au sol. Instantanément les gens autour lui l’arrêtent, lui disent de se calmer, que le cassage n’est pas bien. Quel peuple ! Nous poursuivons.

Enfin à midan Tahrir. Nous progressons même jusqu’au mogamma, symbole de l’administration stalinienne du pays !!!! Les tirs de grenades lacrymogènes sont très nombreux, tires d’à côté de la shura (le Parlement). Vraiment très forts. Nous sommes obligés de partir en courant pour trouver de l’oxygène. Il n’y en a plus. Suffocation. On a l’impression de ne plus avoir suffisamment d’oxygène pour faire même un pas de plus.

Plus loin les gens nous récupèrent a 90% aveugles et sans souffle et nous mettent des oignons sous le nez. Un autre un peu plus tard nous offre des Kleenex imbibes de vinaigre qu’on se fixe dans le nez. Ca fait vraiment du bien.

Quel peuple ! Des hommes, deux par deux, vont sur des motos (les petites 125 cm3) et repartent du feu avec un homme entre eux, groggy, blessé. Ambulances moto.

Puis nous revenons midan Tahrir, en prenant le temps de laisser notre corps s’habituer aux gaz. Des hommes vont mal, ne bougent plus au sol. Je passe ma bouteille d’eau a un groupe qui en soigne un. Puis on monte sur des infrastructures du métro et on aide d’autres à monter. On discute. C’est beau.

On discute beaucoup. Une fraternité énorme. Il regrette que la police tire alors qu’eux sont pacifiques. Ils ne veulent pas de violence. C’est un seul peuple. Magnifique exemple. Un autre véhicule blinde flambe. Deux explosions. Les réservoirs. Nous remontons la rue Talaat Harb jusqu’à midan Talaat Harb, ce lieu symbolique au centre du Caire. Tout va bien. Le peuple a la place. Nous revenons vers la place Tahrir. Ils ferment la rue Talaat Harb avec des barrières de police pour bloquer justement la police et l’armée quand elle arrivera. Des hélicoptères de l’armée survolent la place. Cela n’annonce rien de bon. Une voiture passe et se fait vite entourer et stopper. Ils ouvrent le coffre pour vérifier qu’il n’y a pas d’agent du gouvernement dedans. Heureusement, personne dans le coffre. Le chauffeur peut repartir.

Midan Tahrir le KFC a une porte un peu ouverte. Un homme de l’intérieur distribue des cannettes de pepsi etc.

Un autre passe dans la rue avec un sac et distribue à tous du pain de hamburger encore congelé. Quels hommes. Quel sens de la fraternité. Je les aime.

Midan Tahrir, nous nous rapprochons de la Chura d’ou viennent les tirs de grenades lacrymogènes. Regardons en permanence vers le ciel pour ne pas en avoir une qui tombe près de nous. Du Parlement les forces armées nourrissent un tir permanent a balles réelles. Les gens répliquent en jetant des pierres… Nous nous plaquons contre le mur et attendons. Les hommes frappent avec des bâtons sur les bannières métalliques du métro à l’extérieur. Ca fait énormément de bruit. C’est ensorcelant. Ils donnent du courage au peuple, comme le tambour ou la cornemuse dans l’armée de chez nous. Des grappes d’hommes portant des blessés passent en courant devant nous. L’un pisse le sang de la tête. Une grenade tombe à 15 mètres de nous. Tout le monde s’enfuie en courant. Nous devons traverser le nuage. C’est très puissant. Nous y passons comme des flèches mais même en deux secondes juste à la base de la grenade on en prend pour son grade. On oblique dans la rue à droite et on se met près du sol pour respirer. Surprise, dans cette rue, l’armée est a deux cents mètres. Ils ont pris position. Mon coloc et le gosse sont vraiment paniques. Nous décidons de retourner vers Dokki, c’est-à-dire traverser la place Tahrir en direction des ponts. Alors que nous ralentissons l’allure et discutons avec des gens, les tanks arrivent. Putain. Ils sont rapides. Nous partons tous les 3 en courant en se tenant par la main pour ne pas se perdre. Tout le monde part en courant en hurlant “les tanks ! les tanks !”. Le premier tank arrive. Entoure de lacrymogène rouge. Nous obliquons au début à droite sur un terrain vague. Puis reprenons la course vers le pont. Le tank s’est fait exploser ! Je ne sais pas comment ils ont fait pour exploser ce tank avec leurs mains et des cocktails molotov. Peut-être des grenades artisanales. Ils sont sensationnels.

Nous rentrons. Mon coloc et le gosse sont presque en état de choc. Le gosse à 16 ans, il est presque 10h du soir, sa famille doit être inquiète. Il est terrorisé mais brave. Fait comme si il nous protégeait. Bravo gamin ! Nous refluons. Voyons des groupes qui viennent de diner et montent au feu. Ils nous demandent la situation. On leur décrit vite fait :

”- Midan Tahrir appartient au peuple. Mais la corniche est à l’armée et ils envoient des tanks de là. Il y avait il y 15 minutes un tank au milieu de la place, il s’est fait exploser. Les autres tanks arrivent. Des tirs de grenades lacrymogènes partent de vers le Parlement. L’armée est dans la rue d’avant le Parlement, a 200 mètres. La rue Talaat Harb appartient au peuple. La place Tahrir aussi.

-          Vous êtes d’où ?

-          De France (mon coloc ne peut pas dire qu’il est américain, ca pourrait déraper).

-          Bienvenue en Egypte ! Désolé pour les manifestations. J’espère que vous aimez notre pays.

-          Vous êtes un peuple merveilleux. Ce que vous faites aujourd’hui est magnifique. Que Dieu vous protège ! Bonne chance !

-          Merci infiniment. Les Français sont les meilleurs”

Quelle noblesse de presque s’excuser pour le coup d’Etat et de souhaiter que nous apprécions tout de même leur pays.

Plus tard l’armée se rallie au peuple. Il est 1h du matin et les tirs se poursuivent. Nombreux.

 

Samedi

J’apprends que Zahran a été hospitalise puis est rentre chez lui. Une grenade lacrymogène à côté de lui qui l’a fait tomber, inconscient.

Nous partons peu avant le couvre feu de 16h. Restons sur nos gardes. Ne savons pas ce qui va se passer après le couvre feu. Au final, rien. De nombreuses personnes vont vers le centre ville. Nous remontons gama3t al doual. De nombreux magasins ont été dévalisés, des banques éclatées. Tous les hommes sont en bas de leurs immeubles, en armes. Bâtons, longs couteaux, … plutôt impressionnant. Ils sont adorables avec nous. Ils défendent leurs maisons et leurs magasins contre les pillards. Les pillards sont des prisonniers libérés exprès par la police. Olfa dans la nuit m’expliquera que c’est ce qui s’est passe aussi en Tunisie. Tout le monde nous dit de rentrer car les pillards sont très violents. Nous rentrons donc a pied peu a peu. Les rues sont désertes. Une ville fantôme. Dorghamy me dit au téléphone que un groupe de ses amis a été tabasse. Par la police, par des pillards ? Il dit qu’il faut rester en groupe.

Nous revenons à notre quartier. Les gens de chez nous s’en foutent bien du couvre feu. Le marche aux fruits et légumes est ouvert comme a l’ordinaire, les ânes passent. Nous allons au café rejoindre les amis de Michael, Redwane, etc., jouons au tawla.

Puis pensons aller avec eux de nuit à midan Tahir. Voulons juste passer chez nous pour aller pisser. Et là… nous nous rendons compte a quel point les gens sont terrorisés par les pillards. Nous n’arrivons pas à rentrer dans notre immeuble ! C’est tout juste s’ils ne nous assomment pas en nous jetant quelque chose sur la tête. Finalement ils nous voient et nous sommes les bienvenus. On est d’ici. Alors nous nous disons que rien ne sert de sortir par une nuit pareille. Nous organisons l’appartement. Un meuble devant la porte et un autre meuble coulissant pour bloquer ou débloquer le premier. Préparons des cocktails molotov et tout ce qui traîne en verre dans l’appartement et les entreposons dans notre arsenal près des grandes fenêtres du salon. Ils n’ont qu’à venir, on va leur péter le cul ! Nous prenons chacun un grand couteau, cachons les autres couteaux et objets contondants (dont des flèches !! il y a de tout ici !) dans une caisse dans ma chambre afin que si les pillards entrent ils ne puissent pas s’en servir. Cachons des barres de métal sous les coussins du salon. Et faisons deux quarts. Michael jusqu’à 3h30 et moi ensuite. Des cris dans la nuit. Pas drôle. Hurlements de terreur. Violent. Mais ensuite ca va. Très honnêtement on a eu peur et j’ai vu le moment ou nous allions défendre notre vie a coups de couteaux. Pense à mes parents.

 

Dimanche

Aujourd’hui, ce sont les avions ! ca fait du bruit.

Sitôt levés petit déjeuner expédié et sac préparé (bétadine, compresses, ciseaux, collyre, couteau, kleenex imbibes de vinaigre, deux boites de foul, des pommes, une bouteille d’eau, un pull, …), c’est parti. Nous passons le barrage (deux tanks) permettant d’accéder à la place Tahrir. Les militaires sont à l’égyptienne : Michael a une paire de ciseaux et moi un couteau, ils ne les voient pas et nous pouvons passer… je suis même passé en leur montrant (vite fait c’est vrai) ma carte de retrait bancaire… sur la place c’est très pacifique. Presque bon enfant. Des gens ont dormi sur la place. Les gens parlent de tous les morts de la nuit dernière. La police a disparu.

Quel peuple, encore une fois. La police avant de partir a inondé les rues du côté du parlement afin de bloquer les manifestants. Ni une ni deux plein d’hommes, y compris des enfants d’une 12aine d’années, on enlève leurs chaussures, retrousse leur pantalon et pataugent en poussant l’eau a l’aide de balais a eau vers une bouche d’égout ouverte. Bravo les gars ! Vraiment un super peuple. Entraide. Et ils trouvent la solution.

De nombreux tanks. Nous en voyons 8 au début. En face du musée égyptien. Poursuivons pour voir quelles rues sont bloquées et où fuir en cas de problème. Puis revenons à Tahrir. Redwane. Les tanks veulent entrer sur la place pour faire appliquer le couvre feu. Les gens, avec juste leur main et la masse de la foule, se mettent devant et leur disent “va t’en !”. Et ils bloquent les tanks !!! Le premier tank oblique dans la rue de ma banque, hsbc, en direction de midan Talaat Harb, afin d’arriver a midan Tahrir par la rue Talaat Harb. Il n’est pas suivi par les autres tanks. Le conducteur du tank est courageux car il part seul. La foule est courageuse car elle bloque sans rien des tanks en armes…

Les militaires font copain copain avec la foule. Mais je suppose que s’ils étaient vraiment avec le peuple ils menaceraient le parlement, le ministère de l’intérieur et le palais présidentiel. Olfa dans la nuit m’expliquera que s’ils font cela devient un coup d’Etat militaire. L’ONU pourrait alors intervenir.

Le couvre feu arrive donc. Une femme égyptienne ayant la nationalité française et parlant français nous dit que son fils vient de l’appeler de France et qu’on a dit aux infos en France que l’ordre avait été donne de tirer pendant le couvre feu. Putain. On recule et on regarde. On cherche ou se mettre pour ne pas se faire prendre par des rafales. Mais rien ne se passe. Les militaires ne tirent pas. Alors deux avions de chasse passent, pendant 20 minutes, en faisant beaucoup de bruit. Ils veulent effrayer la foule. Ca ne marche pas.  J’adore ces égyptiens. Certains sont assis, parfois avec une tasse de the, et regardent les avions passer. Narguage silencieux. Force tranquille.

Nous partons toutefois sur les ponts en nous demandant où aller pour ne pas se faire tirer dessus tout en observant ce qui se passe. L’envie est très très forte de participer, de retourner midan Tahrir mais cela peut dégénérer. Nous sommes sur le pont. Des militaires courent vers une voiture avec des policiers tenant de grosses armes. Les policiers fuient. Vision impressionnante.

Arrive un nouvel hélicoptère. Il tourne autour de chars, au dessus du pont, au dessus de Tahrir. Un homme a la mitraillette. Rien. On se demande s’ils pourraient faire sauter le pont pour bloquer les manifestants dans le centre ville. Rien.

On rentre peu à peu, on discute.

La tranquillité. Ne me perturbez pas ! Deux hommes dans une voiture réparent tranquillement leur vitre qui ne veut plus descendre. Avec des outils. Alors que l’hélicoptère tourne au dessus de nous et que les militaires sont à 50 mètres… Ils sont sensationnels. Ils réparent tranquillement une fenêtre alors que c’est la guerre…

Florence et Anne sophie viennent dormir à la maison.

Nina demande si elle et Chantal peuvent venir aussi, au cas où. Finalement elles resteront chez elles.

La nuit est plus ou moins calme. Pas simple de dormir. Les tanks évoluent. Des coups de feu. Oreille alerte à tout froissement de branches d’arbres… Rien.

 

Lundi

Couvre feu annonce pour 15h. Annonce d’un durcissement pour faire respecter le couvre feu. La police est à nouveau dans les rues. Enculés.

Nouvelle journée nouveaux appels pour savoir comment était la nuit des potes.

Dorghamy: “à Heliopolis, les prisonniers ont jeté des cocktails molotov sur nos immeubles. Un de mes voisins a été tué par balle. Un de mes amis a perdu un œil. Prends soin de toi.“

Vincent et Anne: “nous sommes en Suisse. La nuit à Maadi a été affreuse. Des coups de feu toute la nuit, des cris épouvantables… le père d’Anne a réservé un billet depuis la France et nous sommes allés a l’aéroport.”

Sherine: “demain c’est la manifestation d’un million de personnes les gens de Suez vont passer par chez nous a Rehab nous allons nous réfugier au dernier étage. Des jeunes montent la garde la nuit.”

Randa : “Ca va”

Ali : “Les frères musulmans ont des armes de guerre. Du matériel de précision. Quand ils descendent dans la rue, tout le monde rentre chez soi, même la police. Ils ne sont pas violents, mais s’ils ont décidé de tirer, ils tuent. Sans aucune hésitation. Ils ne sont pas contre les étrangers. Je peux vous avoir des armes, de Mansoura.”

Deux françaises rencontrées avant Tahrir qui bossent au CFCC : “l’ambassade dit qu’il n’y a pas de danger et qu’il n’y a pas de plan de rapatriement prévu.”

Lorena : “demain à midi manifestation de soutien des étrangers en face du Semiramis sur le pont. A 10 h du matin manif d’un million de personnes de toute l’Egypte. Je suis fatiguée. Je n’ai pas envie d’y aller ce soir.”

Husein : “Ca va”

Hamza : “Je vais à Tahrir. [je croyais que tu n’aimais pas les manifestations ?] Ah oui mais la c’est une révolution !”

Nous allons vers la place Tahrir vers 13h30, avec Florence et Anne-Sophie. Elles ne veulent pas passer le barrage (2 tanks) juste avant la place et désirent rentrer a la maison avant le couvre feu. Nous sommes fatigués. Cela me parait bien. Nous retournons a Dokki, faisons quelques courses dans un supermarché. Pas de pain. Rupture presque partout a part dans le centre. Nous prenons des biscuits à la place.

Retour la maison. Je prépare le déjeuner pour Michael et moi ainsi que pour Ali qui vient d’arriver. Poulet riz tomates concombres banane, et hop au dodo. 1h30 de sommeil ca fait vraiment du bien. J’en ai marre. Pourquoi ce con de Mubarak ne part-il pas ? Il n’a plus aucune crédibilité. Les américains sans doute cherchent qui serait à même de laisser Israel en paix.

Les filles reviennent et préparent le diner. Crêpes. Pendant ce temps les amis de Michael sont dans le salon, ils regardent un film américain. Je suis las. Les hommes sont chiants. La guerre…

Ca va être monstre demain. Je suppose que ce soir ou demain Mubarak va devoir partir.

 

Mardi

Suis à place Tahrir de 15h a 20h. J’adore les couvre feu a l’égyptienne, avec tout le monde dans la rue. Très pacifique. Presque bon enfant. Plein de potes là ainsi que mes collègues. Le soir, discours de Mubarak. Il reste. Où allons-nous ? Vers une guerre civile ?

L’état va sans doute liquider la place cette nuit ; tuer ou blesser ceux qui restent. Par des pro Mubarak boostés par des mercenaires.

 

Il y a le jeu des mots 12 décembre 2010

Posted by Eric in Philosovie, Wouah!.
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Quand un poème rime, quand une forme s’engendre elle-même, quand un vers éveille la conscience à de nouvelles attitudes, il est déjà du côté de la vie. Quand une rime surprend et élargit les relations convenues entre les mots, voilà qui est en soi une révolte contre la nécessité. Quand le langage fait plus qu’il ne faut, comme dans toute poésie achevée, il choisit le surplus de vie et pousse la rébellion à l’extrême.

Seamus Heaney

 

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